Publié le 15 mars 2024

Contrairement à l’idée reçue, un niveau de dessin moyen n’est pas un handicap pour intégrer un DN MADE, c’est une opportunité stratégique.

  • Il vous force à privilégier la fonction sur l’esthétique, ce qui est le cœur du métier de designer.
  • Il valorise votre capacité à documenter un processus de réflexion, une compétence bien plus recherchée que la virtuosité technique.

Recommandation : Concentrez-vous sur la démonstration de votre pensée conceptuelle et de votre capacité à résoudre des problèmes, plutôt que de chercher à masquer vos faiblesses en dessin.

L’angoisse de la candidature en DN MADE sur Parcoursup est souvent cristallisée par une question : « mon niveau de dessin est-il suffisant ? ». Face à des portfolios remplis de croquis anatomiques parfaits et de perspectives impeccables, le doute s’installe. Vous avez des idées, une sensibilité, une culture visuelle, mais le trait de crayon ne suit pas toujours. Vous avez probablement lu les conseils habituels : montrez votre curiosité, variez les supports avec de la photo, du collage, des maquettes. Ces conseils sont justes, mais ils sont incomplets. Ils traitent le symptôme – le manque de dessin – sans s’attaquer à la cause de votre peur : la méconnaissance de ce qu’un jury évalue réellement.

Laissez-moi vous le dire en tant que professeur qui a vu passer des centaines de dossiers : votre supposée faiblesse en dessin est peut-être votre plus grand atout stratégique. Elle vous oblige à ne pas tomber dans le piège de l’esthétisme pur pour vous concentrer sur ce qui définit un designer : sa capacité à structurer une pensée, à répondre à un problème, à prototyper une solution. Un beau dessin peut cacher un projet vide de sens ; un projet intelligent, lui, n’a pas besoin d’un rendu parfait pour briller. La virtuosité technique s’acquiert, mais la pertinence conceptuelle est bien plus difficile à développer. C’est cette pertinence que les jurys recherchent avant tout.

Cet article n’est pas un catalogue d’astuces pour « cacher la misère ». C’est un guide stratégique pour transformer votre approche. Nous allons déconstruire ensemble les attentes du DN MADE, pour que vous puissiez construire un dossier qui ne compense pas votre niveau de dessin, mais qui le transcende en démontrant une maturité de designer. Vous apprendrez à valoriser votre processus, à défendre vos idées avec rigueur et à faire de chaque contrainte, qu’elle soit technique ou budgétaire, une véritable force créative.

Pour vous guider à travers les étapes clés de cette préparation stratégique, nous allons explorer les différentes facettes de la candidature et de la formation en DN MADE. Ce parcours vous donnera les clés pour aborder chaque défi avec la bonne posture intellectuelle.

Espace, Objet, Graphisme : quelle mention choisir pour ne pas se fermer de portes trop vite ?

L’une des premières erreurs des candidats est de choisir une mention de DN MADE en fonction de leurs aptitudes techniques perçues, notamment en dessin. « Je ne sais pas dessiner de personnages, donc j’évite le graphisme » ou « La 3D me semble trop complexe, donc j’écarte l’objet ». C’est une approche contre-productive. Le choix d’une mention – Espace, Objet, Graphisme, Mode, etc. – ne doit pas être dicté par une compétence technique, mais par votre mode de pensée dominant. Le design graphique est avant tout narratif et systémique, le design d’objet s’ancre dans l’usage et l’ergonomie, tandis que le design d’espace se concentre sur l’expérience sensible et les flux. Votre capacité à penser en systèmes, à raconter des histoires ou à comprendre les comportements humains est bien plus déterminante que votre maîtrise de la perspective.

Un bon dossier de candidature démontre que vous avez compris cette nuance. Au lieu de masquer vos faiblesses, mettez en avant votre affinité avec un mode de pensée. Vous aimez organiser l’information ? Le graphisme est une voie. Vous êtes fasciné par la manière dont les gens interagissent avec leur environnement ? L’objet ou l’espace sont des territoires à explorer. L’important n’est pas de présenter des œuvres finies, mais de montrer des expérimentations qui prouvent votre curiosité pour un domaine. Un reportage photo sur les parcours des usagers dans une gare est un excellent projet pour une mention Espace, même sans un seul dessin. Une analyse critique de l’emballage d’un produit est un travail de designer d’objet.

Enfin, il faut dédramatiser ce choix. Le DN MADE est conçu pour offrir un socle commun solide avant la spécialisation progressive. De plus, les passerelles existent et la poursuite d’études est une norme. Une enquête montre en effet que près de 72% des diplômés en design poursuivent leurs études, souvent vers un Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués (DSAA) ou un master, où les spécialisations peuvent être affinées ou réorientées. Votre choix de mention à 18 ans n’est donc pas une condamnation, mais une première porte d’entrée dans le vaste monde du design.

Votre feuille de route pour choisir la bonne mention

  1. Identifiez votre mode de pensée : Êtes-vous plus à l’aise avec la logique des systèmes (objet), la construction de récits (graphisme) ou l’analyse des expériences sensibles (espace) ?
  2. Testez vos affinités : Avant de candidater, réalisez des mini-projets personnels (analyse, critique, proposition) dans chaque domaine pour voir lequel vous stimule le plus intellectuellement.
  3. Explorez les alternatives au dessin : Pour chaque mention, identifiez des médiums qui vous correspondent : la photographie pour Espace, la maquette en carton pour Objet, le collage numérique pour Graphisme.
  4. Construisez un portfolio polyvalent : Montrez au jury votre capacité à passer d’un mode de pensée à l’autre, prouvant votre agilité créative au-delà d’une technique unique.
  5. Pensez en termes de majeure/mineure : Même si le diplôme ne le formalise pas, envisagez votre mention comme une « majeure » et cultivez des projets dans une « mineure » pour garder des portes ouvertes.

Jury de projet : comment ne pas pleurer quand on critique votre création personnelle ?

La présentation orale devant un jury est un moment de grande vulnérabilité. Vous exposez des heures de travail, une part de vous-même, et vous vous préparez à recevoir un jugement. La peur de la critique, surtout lorsqu’on se sent déjà fragile sur ses compétences techniques, peut être paralysante. L’erreur fondamentale est de considérer votre projet comme une extension de votre identité. Si le jury critique le projet, il vous critique vous. C’est la voie assurée vers le blocage ou les larmes. La clé pour survivre et, mieux encore, pour bénéficier du jury, est d’opérer une dissociation stratégique entre le créateur et la création.

Votre projet n’est pas « vous ». C’est une hypothèse de réponse à une problématique donnée. Cette posture change tout. Vous n’êtes plus un artiste qui défend son œuvre, mais un chercheur qui présente ses résultats et les soumet à la contradiction. La critique n’est plus une attaque personnelle, mais une contribution à votre recherche. Elle vise à tester la solidité de votre hypothèse, à révéler ses failles pour que vous puissiez l’améliorer. Adopter ce vocabulaire (« mon hypothèse est que… », « j’ai testé cette solution… », « les retours m’ont permis de voir que… ») lors de votre présentation désamorce immédiatement la dimension affective et positionne l’échange sur un terrain professionnel et constructif.

Cette approche est d’ailleurs activement enseignée dans les meilleures écoles. Par exemple, comme le souligne une publication, l’École de design Nantes Atlantique insiste sur le fait que le jury cherche avant tout à savoir qui vous êtes, et que votre niveau de dessin n’est qu’un élément parmi d’autres. En présentant votre processus comme une enquête intellectuelle, vous montrez votre curiosité, votre rigueur et votre capacité à vous remettre en question : des qualités de designer bien plus précieuses qu’un trait parfait. La critique devient alors un dialogue, et non un verdict.

Étudiant présentant son projet devant un jury bienveillant avec documentation de processus

Comme le suggère cette image, la soutenance idéale est un moment d’échange et de dialogue autour d’un processus documenté. Le projet n’est qu’un prétexte pour évaluer votre démarche intellectuelle, votre capacité à argumenter et à écouter. Le jury n’est pas là pour vous juger, mais pour vous pousser à devenir un meilleur designer.

Coût des fournitures : comment gérer un budget maquette et impression serré ?

Le DN MADE, comme toute formation en arts appliqués, a la réputation d’être coûteux en fournitures. Papiers spécifiques, impressions de haute qualité, matériaux pour maquettes… L’addition peut vite grimper et ajouter un stress financier à la pression pédagogique. Pour un étudiant qui doit déjà surmonter le complexe du « non-dessinateur », cette contrainte budgétaire peut sembler être le coup de grâce. Pourtant, ici encore, il faut transformer la contrainte en une opportunité créative et stratégique. Un budget serré vous oblige à être ingénieux, à vous concentrer sur l’essentiel et à développer une esthétique de la débrouillardise qui peut s’avérer extrêmement séduisante pour un jury.

Plutôt que de viser le rendu parfait et coûteux, concentrez-vous sur la documentation intelligente du processus. Un prototype numérique réalisé sur des outils gratuits comme Figma ou Canva peut être plus efficace pour tester un parcours utilisateur qu’une série d’impressions onéreuses. De même, une maquette de volume en carton de récupération, si elle est bien photographiée et contextualisée, peut en dire bien plus sur votre compréhension des formes qu’un modèle 3D parfait. Les ressourceries, les chutes d’ateliers et les achats groupés entre étudiants sont des réflexes à adopter. Il ne s’agit pas de faire « pauvre », mais de faire « intelligent ».

Cette approche, loin d’être un pis-aller, peut devenir une véritable signature créative. Un étudiant en DN MADE Espace témoigne :

Mon portfolio fait de carton récupéré et de collages a été plus apprécié par le jury que des rendus numériques parfaits. Ils ont valorisé l’authenticité et la débrouillardise, qualités essentielles en design.

– Étudiant, Témoignage sur un portfolio DN MADE

Ce témoignage illustre parfaitement que le jury ne juge pas la valeur monétaire de vos fournitures, mais la valeur intellectuelle de vos idées. L’esthétique de la précarité, quand elle est assumée et réfléchie, montre une maturité et une compréhension profonde de ce qu’est le design : faire le mieux possible avec les ressources disponibles.

Pour mieux visualiser l’impact de ces choix, le tableau suivant compare les approches traditionnelles et les alternatives économiques. Comme le montre cette analyse des solutions pour projets DN MADE, les économies peuvent être considérables sans nuire à la qualité du propos.

Solutions économiques vs traditionnelles pour projets DN MADE
Méthode traditionnelle Alternative économique Économie estimée
Impression professionnelle Prototype numérique Figma/Canva 95% d’économie
Matériaux neufs Ressourceries et chutes d’ateliers 70% d’économie
Maquette finale coûteuse Documentation de processus photographiée 80% d’économie
Achat individuel Achats groupés entre étudiants 40% d’économie

Design vs Art : pourquoi votre objet doit d’abord fonctionner avant d’être beau ?

Voici le point central, le changement de paradigme qui doit guider tout votre dossier : vous ne postulez pas aux Beaux-Arts, mais en Arts Appliqués. La nuance est fondamentale. L’artiste exprime une vision personnelle ; le designer résout un problème pour un utilisateur. Un objet d’art peut se contenter d’être beau, intriguant ou émouvant. Un objet de design, lui, doit avant tout être fonctionnel, utile, compréhensible. Sa beauté, ou son esthétique, vient servir sa fonction, et non l’inverse. C’est le principe de la « fonctionnalité première ».

Pour vous, candidat qui ne maîtrisez pas le dessin académique, c’est une libération. Votre incapacité à produire un « beau » rendu vous force à vous concentrer sur ce qui compte vraiment en design : le scénario d’usage, la structure, le message, l’ergonomie. Vous ne pouvez pas vous cacher derrière un joli dessin ; vous êtes obligé de prouver que votre concept est intelligent. C’est précisément ce que le jury attend. Il veut voir la preuve d’une pensée structurée, pas une galerie de natures mortes. Votre mission n’est pas de dessiner une chaise, mais de concevoir une meilleure façon de s’asseoir dans un contexte donné.

Cette distinction est au cœur de la pédagogie du design. Comme le formule un guide d’admission d’une grande école, cette contrainte est une force.

Votre incapacité à produire un ‘beau’ rendu vous oblige à vous concentrer sur l’essentiel : l’usage, le scénario, la structure, le message. C’est un avantage stratégique, pas une faiblesse.

– École de design Nantes Atlantique, Guide d’admission DN MADE

Chaque projet de votre dossier doit donc être présenté sous cet angle. Ne dites pas « voici un dessin d’affiche », mais « voici ma proposition pour clarifier l’information à l’entrée d’un festival ». Ne montrez pas seulement une maquette de lampe, mais expliquez comment elle répond à un besoin d’éclairage spécifique pour une activité précise (lecture, travail, ambiance…). Votre processus de résolution de problème est votre œuvre la plus précieuse. Chaque croquis, même maladroit, chaque test, chaque échec documenté, est la preuve que vous pensez en designer. C’est cette narration qui convaincra, bien plus qu’une illustration parfaite mais vide de sens.

Portfolio de fin d’études : les 3 projets à mettre en avant pour décrocher une agence

Bien que le titre mentionne le portfolio de fin d’études, la logique s’applique parfaitement au dossier de candidature pour entrer en DN MADE. Un portfolio efficace n’est pas une accumulation de tous vos travaux, mais une démonstration stratégique et narrative de vos compétences. Pour un candidat qui ne peut pas miser sur la virtuosité du dessin, cette stratégie narrative est encore plus cruciale. Il ne s’agit pas de montrer que vous savez « faire », mais de prouver que vous savez « penser ». Oubliez l’exhaustivité et concentrez-vous sur trois types de projets qui, ensemble, dessineront le portrait d’un designer en devenir.

Les dossiers les plus convaincants s’articulent souvent autour d’une structure en triptyque. Comme le mettent en évidence certaines analyses, les portfolios DN MADE les plus efficaces suivent une structure en 3 projets : le projet « Processus », le projet « Vision » et le projet « Contrainte ». Cette approche permet de valoriser la pensée design bien au-delà de la simple technique.

Le projet « Processus » est le plus important. Choisissez un projet, même modeste, et documentez-le de A à Z : la problématique de départ, votre recherche (visuelle, textuelle), vos premières idées (même des schémas très simples), vos tests, vos erreurs, et la solution finale. L’objectif est de rendre votre cheminement intellectuel visible. Le projet « Vision », lui, doit montrer votre singularité, votre univers. C’est ici que vos passions, votre culture visuelle, peuvent s’exprimer. Un reportage photo, une série de collages, l’analyse d’un film, la création d’un petit jeu… Montrez ce qui vous rend unique. Enfin, le projet « Contrainte » est celui qui prouve votre agilité. Il peut s’agir d’un projet réalisé avec un budget très limité (voir la section sur les fournitures), dans un temps très court, ou avec une contrainte technique forte. C’est la preuve de votre capacité d’adaptation, une qualité essentielle.

Vue macro détaillée d'un portfolio montrant la documentation de processus créatif

Ce trio de projets dresse un portrait complet : un penseur méthodique (Processus), une personnalité créative (Vision) et un professionnel pragmatique (Contrainte). Ensemble, ils racontent une histoire bien plus convaincante qu’une succession de dessins techniques, aussi parfaits soient-ils. Votre portfolio devient la preuve narrative de votre potentiel de designer.

Précision du geste : comment entraîner sa main pour les métiers d’art ou de chirurgie ?

La « précision du geste » est souvent réduite à la capacité de dessiner une ligne droite ou une courbe parfaite. C’est une vision extrêmement limitée. En design et dans de nombreux métiers de haute technicité, la précision gestuelle est avant tout la conséquence d’une coordination fine entre l’œil, le cerveau et la main. Le dessin n’est qu’une des nombreuses façons de l’entraîner, et pas forcément la plus pertinente pour tous les profils. Pour un candidat au DN MADE, il est stratégique de montrer que vous cultivez cette précision par d’autres biais, tout aussi exigeants.

Pensez à des disciplines qui requièrent une dextérité et une compréhension des formes sans impliquer le dessin figuratif. La pratique de l’origami, par exemple, est un exercice exceptionnel pour comprendre la transformation d’un plan en volume et pour développer la précision des plis. De même, la calligraphie, qu’elle soit latine ou asiatique, entraîne la main à produire des courbes fluides et contrôlées, développant une mémoire musculaire du geste. Démonter et remonter des petits objets mécaniques (un vieux réveil, un appareil photo) est un excellent entraînement pour la coordination main-œil et la compréhension des systèmes.

Mais la notion de « geste » doit être élargie. Dans les métiers de la création, la capacité à formuler une idée avec clarté et précision est une forme de dextérité intellectuelle. Le « geste verbal » – la capacité à présenter un concept oralement de manière structurée et convaincante – est tout aussi crucial. De même, le « wireframing » rapide à la main, qui consiste à schématiser l’architecture d’un site web ou d’une application, n’exige pas de savoir dessiner, mais demande un geste rapide et structuré pour poser les bases d’une pensée logique. Comme le souligne une source pédagogique, « la précision du mot pour décrire une intention ou un concept est une forme de ‘précision du geste’ aussi cruciale que le trait ».

Dans votre dossier, n’hésitez donc pas à montrer des preuves de ces autres formes de précision : des photos de vos origamis, des essais de calligraphie, la documentation du démontage d’un objet… Ces éléments prouveront que vous n’êtes pas « maladroit », mais que vous entraînez votre précision gestuelle par des voies qui correspondent mieux à votre sensibilité et à votre mode de pensée.

Titre RNCP Niveau 6 : pourquoi c’est le minimum vital pour un Bachelor spécialisé ?

Au milieu des considérations créatives, un aspect très pragmatique ne doit jamais être négligé : la reconnaissance officielle de votre diplôme. Le DN MADE confère le grade de Licence et est enregistré au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) au niveau 6. Cela peut sembler technique, mais c’est une information capitale qui doit rassurer le candidat et qui peut être utilisée comme un argument de poids, tant pour l’insertion professionnelle que pour la poursuite d’études.

Un titre RNCP de niveau 6 signifie que le diplôme est reconnu par l’État français et par l’Europe (cadre LMD – Licence, Master, Doctorat). Il ne s’agit pas d’un simple diplôme d’école, mais d’une certification qui atteste de l’acquisition d’un ensemble de blocs de compétences clairement définis et évalués. Pour un recruteur, c’est la garantie que le diplômé n’est pas seulement un « créatif », mais un professionnel capable de « analyser une commande », « élaborer un concept », « assurer le suivi de production », etc. Ces compétences sont standardisées et lisibles sur le marché du travail.

Pour vous, candidat qui ne misez pas tout sur le dessin, c’est une aubaine. La certification RNCP valide officiellement votre capacité à être un concepteur et non un simple exécutant. Votre portfolio, même s’il est moins spectaculaire visuellement, peut être analysé à l’aune de ces blocs de compétences. Vous pouvez, par exemple, expliquer comment votre projet « Processus » démontre votre maîtrise du bloc « Analyse et problématisation » ou comment votre projet « Contrainte » valide celui de la « Gestion de projet ». Cela permet de rationaliser votre démarche et de la connecter à des attendus professionnels concrets. C’est un argument d’autorité qui compense largement un manque de virtuosité technique.

Cette reconnaissance officielle est donc votre alliée. Elle donne un cadre et une légitimité à votre profil de designer-penseur. Elle vous permet de traduire vos projets en compétences professionnelles et, plus tard, d’argumenter une négociation salariale ou de postuler à des masters sélectifs. C’est le sceau qui officialise que votre capacité de réflexion a une valeur reconnue sur le marché du travail.

À retenir

  • Votre « faiblesse » en dessin est un atout stratégique qui vous force à penser en designer (fonction, usage) plutôt qu’en artiste (esthétique).
  • La documentation de votre processus de réflexion (recherches, tests, échecs) a plus de valeur pour un jury que le résultat esthétique final.
  • Un dossier de candidature efficace se structure autour de trois projets clés : un qui montre votre méthode (Processus), un qui révèle votre univers (Vision) et un qui prouve votre agilité (Contrainte).

Bachelor de niche : est-ce risqué de se spécialiser dès 18 ans dans le « Luxe » ou le « Jeu Vidéo » ?

La question de la spécialisation précoce est un débat classique. Faut-il rester généraliste pour maximiser ses options ou se nicher pour devenir un expert très recherché ? Pour un profil de « non-dessinateur », la stratégie de la niche peut s’avérer particulièrement payante. Se spécialiser dans un secteur précis (luxe, jeu vidéo, design social, animation…) permet de compenser un manque de polyvalence technique par une expertise sectorielle pointue. Votre valeur ajoutée ne réside plus dans votre capacité à tout dessiner, mais dans votre compréhension profonde des codes, des enjeux et des utilisateurs d’un domaine spécifique.

Prenons l’exemple du DN MADE Animation. Un étudiant qui ne maîtrise pas le dessin de personnage à la perfection peut devenir indispensable en développant une expertise en storyboarding numérique, en narration visuelle ou en motion design pour des interfaces. Son manque de compétence technique dans un domaine est largement compensé par une compétence de pointe dans un autre, plus stratégique. Cette hyper-spécialisation le rend plus attractif sur un segment de marché précis qu’un généraliste moyen en tout. La niche devient un avantage concurrentiel direct, transformant un profil potentiellement « faible » en un profil d’expert.

Bien sûr, cette stratégie comporte un risque : celui de s’enfermer dans un secteur qui pourrait connaître des difficultés. Cependant, le DN MADE est structuré pour donner des compétences transversales solides. L’expertise de niche que vous développez est souvent transposable. Un expert en narration pour le jeu vidéo peut appliquer ses compétences au design d’expérience pour des applications de santé. Un spécialiste des matériaux du luxe peut se réorienter vers le design durable. Le tableau suivant met en lumière les avantages et les inconvénients de chaque approche.

Profil en T : Niche vs Généraliste en DN MADE
Aspect Spécialisation Niche Formation Généraliste
Expertise technique Très approfondie dans un domaine Variée mais moins poussée
Employabilité immédiate Forte sur des postes ciblés Plus large mais plus compétitive
Évolution de carrière Expertise reconnue rapidement Polyvalence adaptative
Compensation du non-dessin Par l’expertise sectorielle Plus difficile à valoriser

En définitive, la construction de votre dossier artistique est votre premier vrai projet de design. Le problème à résoudre est : « Comment convaincre un jury de mon potentiel de designer, avec la contrainte de ne pas être un virtuose du dessin ? ». La solution, comme nous l’avons vu, n’est pas de produire de faux-semblants, mais d’embrasser cette contrainte pour démontrer une pensée créative rigoureuse et stratégique. C’est en prouvant que vous savez penser que vous donnerez envie aux jurys de vous apprendre à faire.

Rédigé par Audrey Audrey Chenal, Consultante en admissions pour les Grandes Écoles de Commerce et les écoles d'Art/Design. Spécialiste du marketing personnel, des écoles privées et des filières créatives (DN MADE, Architecture).