Publié le 18 avril 2024

Le secret d’un dossier accepté en école d’ingénieur ne réside pas dans votre moyenne générale, mais dans la cohérence stratégique de votre triplette de spécialités.

  • Le duo Maths / Physique-Chimie constitue le socle quasi obligatoire et non négociable pour la majorité des filières.
  • Votre troisième spécialité (NSI, SI, SVT) n’est pas un choix secondaire : c’est elle qui raconte votre projet et différencie votre profil.
  • Les appréciations de vos professeurs et la logique de votre parcours priment sur une note brillante mais isolée dans une matière hors-sujet.

Recommandation : Construisez votre parcours dès la Seconde comme un récit logique et convaincant menant à votre projet d’ingénieur, et non comme une simple accumulation de bonnes notes.

La fin de la classe de Seconde approche, et avec elle, la question qui pèse sur vos épaules et celles de vos parents : quelles spécialités choisir ? Vous êtes bon en sciences, l’idée de devenir ingénieur vous séduit, mais l’équation semble complexe. Faut-il abandonner la SVT, les Sciences de l’Ingénieur (SI) ou le Numérique (NSI) ? On vous conseille de « choisir ce qui vous plaît » ou de viser « les meilleures notes possibles », mais ces conseils, bien que bienveillants, sont souvent incomplets et peuvent vous conduire à des impasses stratégiques sur Parcoursup.

En tant que directeur des études, je vois passer des milliers de dossiers chaque année. Et je peux vous l’affirmer : nous ne lisons pas un bulletin de notes, nous décryptons un récit. Chaque choix de spécialité, chaque appréciation, chaque option est un indice sur votre cohérence, votre maturité et votre potentiel à réussir dans un cursus exigeant. Et si la véritable clé n’était pas la note, mais la narration ? Si votre dossier était une histoire que vous deviez rendre la plus convaincante possible pour le projet que vous visez ?

Cet article n’est pas une énième liste des « bonnes » spécialités. C’est un guide stratégique qui vous donnera les clés de lecture des jurys d’admission. Nous allons analyser ensemble comment vos choix d’aujourd’hui construisent votre succès de demain, comment une « petite » note dans une matière clé peut avoir plus de valeur qu’une excellente note dans une voie sans issue, et comment transformer votre dossier en une candidature irrésistible pour les écoles d’ingénieurs.

Pour vous guider dans cette réflexion stratégique, cet article est structuré pour répondre point par point aux questions cruciales que vous vous posez. Explorez les différentes facettes de cette décision pour bâtir un parcours solide et cohérent.

Pourquoi abandonner les Maths en Première est un suicide stratégique pour 80% des filières ?

Soyons directs : pour un élève qui vise une école d’ingénieurs, abandonner la spécialité mathématiques est l’erreur la plus rédhibitoire qui soit. Les chiffres sont sans appel : une analyse des données Parcoursup montre que 95,4% des bacheliers généraux admis en école d’ingénieurs ont conservé la spécialité maths en terminale. Ce n’est pas une préférence, c’est une condition sine qua non. Les mathématiques ne sont pas juste une matière, elles sont le langage fondamental sur lequel reposent toutes les autres sciences de l’ingénieur. Tenter de suivre un cursus en informatique, en mécanique ou en électronique sans ce socle, c’est comme essayer de construire un gratte-ciel sur des fondations en sable.

L’abandon de cette spécialité crée ce que nous appelons une « dette technique » : un retard conceptuel et méthodologique qu’il est quasiment impossible de rattraper en classe préparatoire ou en cycle intégré. Le programme de Première et de Terminale en spécialité maths développe des compétences en abstraction, en raisonnement et en démonstration qui sont les piliers de la pensée d’un ingénieur. L’abandonner est perçu par les jurys non seulement comme une lacune technique, mais aussi comme un manque de vision stratégique et une incompréhension des exigences de la filière visée.

Comme le résume parfaitement François Stephan, directeur de l’école d’ingénieurs ECE, cette matière est au cœur du réacteur. Son analyse, partagée dans un article de l’Etudiant, met en lumière le rôle central des mathématiques :

Pour faire de l’informatique, des sciences de l’ingénieur ou de la mécanique, on a besoin de maths. Elles sont un langage, une matière fondamentale pour maîtriser les sciences dures et pour réussir un cursus ingénieur.

– François Stephan, Directeur de l’ECE, école d’ingénieurs

En clair, les conséquences de cet arbitrage sont immédiates et sévères : près de 99% des classes préparatoires scientifiques (MPSI, PCSI, PTSI) deviennent inaccessibles, et la quasi-totalité des cycles intégrés les plus sélectifs vous fermeront leurs portes. Le message pour tout élève de Seconde visant ce parcours est donc limpide : la spécialité mathématiques n’est pas une option, c’est le socle de votre projet.

Passion ou Raison : faut-il garder Arts Plastiques si on vise une école d’ingénieur ?

La question peut sembler provocatrice, mais elle touche au cœur d’une stratégie de plus en plus valorisée par les écoles d’ingénieurs : le profil hybride. Si le conseil général est de construire un bloc scientifique solide, l’idée n’est pas de créer des clones. Une troisième spécialité « passion », comme les Arts Plastiques, HGGSP (Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques) ou une langue (LLCER), peut devenir un atout majeur à une condition : qu’elle soit adossée à un duo scientifique d’excellence, typiquement Maths et Physique-Chimie.

Cette combinaison, loin d’être un handicap, raconte une histoire intéressante au jury. Elle signale une curiosité qui dépasse le cadre purement technique, une ouverture d’esprit et des compétences transversales (créativité, pensée critique, communication) de plus en plus recherchées dans le monde de l’ingénierie moderne. Un élève avec la triplette Maths/Physique/Arts Plastiques n’est plus juste un « scientifique », il est un potentiel « ingénieur-designer ». Avec HGGSP, il peut devenir un « ingénieur expert en IA éthique » ; avec LLCE, un « ingénieur-manager international ».

Ce type de profil se démarque nettement lors des entretiens de motivation et dans le projet de formation motivé sur Parcoursup. Il montre que vous avez fait un choix réfléchi, que vous cultivez une double compétence et que vous avez une vision plus large de votre futur métier. L’illustration ci-dessous symbolise cette fusion entre la rigueur scientifique et la créativité, deux facettes d’un même profil d’ingénieur innovant.

Jeune étudiante combinant créativité artistique et rigueur scientifique dans son parcours vers l'ingénierie

Cependant, l’avertissement est clair : cette stratégie n’est viable que si l’excellence est au rendez-vous dans le duo scientifique. Des notes faibles en Maths ou en Physique-Chimie ne seront jamais compensées par une excellente note en Arts. La spécialité « passion » doit être la cerise sur un gâteau déjà très solide. Elle doit être un signal de différenciation, pas une bouée de sauvetage. En somme, la réponse est oui, on peut garder une spécialité passion, mais par raison stratégique et non par défaut.

Spécialités rares : est-ce un atout ou un risque pour votre dossier universitaire ?

Au-delà du trio classique (Maths, Physique-Chimie, SVT), des spécialités comme Numérique et Sciences Informatiques (NSI), Sciences de l’Ingénieur (SI) ou Biologie-Écologie apparaissent comme des choix plus pointus. La question est de savoir si cette originalité constitue un avantage compétitif ou un risque de fermeture de portes. La réponse dépend entièrement de la cohérence avec votre projet. Pour un futur ingénieur, certaines de ces spécialités « rares » sont en réalité des accélérateurs de carrière.

Les spécialités NSI et SI, par exemple, sont des signaux extrêmement positifs pour les écoles d’ingénieurs. Elles démontrent un intérêt précoce et concret pour la technologie et la conception. Un élève choisissant la triplette Maths/Physique/NSI ou Maths/Physique/SI envoie un message limpide : « Je sais où je veux aller ». Il ne subit pas son orientation, il la construit. De nombreuses écoles valorisent ces profils, car ils sont souvent plus matures dans leur projet et possèdent déjà des bases pratiques. Par exemple, il est bien connu que l’EFREI Paris favorise particulièrement les lycéens ayant suivi NSI, une tendance partagée par de nombreuses écoles du numérique.

Le tableau suivant, inspiré des recommandations d’écoles comme l’ISEN, synthétise le niveau de risque et la valeur de ces choix pour une filière ingénieur. Il vous aide à réaliser un arbitrage éclairé entre l’originalité et la pertinence stratégique.

Matrice Risque vs Originalité des spécialités pour une école d’ingénieur
Spécialité « rare » Valeur pour école d’ingé Niveau de risque Recommandation
NSI (Numérique et Sciences Informatiques) Très élevée Faible Fortement recommandé pour un cursus en informatique, IA, ou cybersécurité.
SI (Sciences de l’Ingénieur) Très élevée Faible Excellent pour se projeter dans des projets concrets d’ingénierie mécanique, électronique ou robotique.
Biologie-Écologie Moyenne Moyen Pertinent quasi exclusivement pour les écoles d’ingénieurs en agronomie, agroalimentaire ou environnement.
EPPCS (Éducation Physique, Pratiques et Culture Sportives) Faible Élevé À éviter sauf projet très spécifique et argumenté (ex: ingénierie des matériaux sportifs), et toujours avec un duo scientifique excellent.

Le risque n’est donc pas dans la rareté de la spécialité, mais dans son inadéquation avec le projet final. Choisir Biologie-Écologie pour viser une école d’informatique est une erreur stratégique, tandis que choisir NSI ou SI est une déclaration d’intention puissante.

L’erreur de garder une spécialité où l’on a 9/20 juste par « sécurité »

C’est un réflexe courant chez les élèves et parfois encouragé par l’entourage : conserver une spécialité scientifique « au cas où », même si les résultats sont très faibles, en pensant qu’il vaut mieux un 9/20 en Physique-Chimie qu’un 15/20 en HGGSP pour viser une école d’ingénieurs. C’est une erreur de calcul fondamentale qui ignore la manière dont les jurys évaluent un dossier. Une note faible dans une matière fondamentale n’est pas un signal de sécurité, c’est un signal de difficulté, voire d’inadéquation.

Les algorithmes de Parcoursup et les examinateurs humains ne se contentent pas de faire une moyenne. Ils pondèrent les notes en fonction de leur importance pour la formation visée. Un 9/20 dans une spécialité pilier (comme la Physique-Chimie pour une prépa PCSI) est un immense drapeau rouge. Il suggère que vous n’aurez pas le niveau requis pour suivre le rythme très intense des études supérieures. Cela pèsera bien plus lourd dans la balance qu’une excellente note dans une matière jugée « secondaire » pour le projet.

Étude de cas : la cohérence prime sur la note brute

L’analyse des critères de l’INSA, une des formations d’ingénieurs les plus sélectives, est très éclairante. Imaginez deux dossiers : l’un avec un 14/20 en Physique-Chimie et un 12/20 en Sciences de l’Ingénieur, accompagné d’appréciations positives sur la curiosité et l’implication. L’autre avec un 14/20 en SES (choisi « par facilité ») mais un 11/20 fragile en Physique-Chimie. Pour un vœu en cycle préparatoire intégré, le premier dossier sera systématiquement mieux classé. Un 12/20 dans une spécialité cohérente avec le projet, soutenu par de bonnes appréciations, a plus de valeur qu’un 14/20 dans une spécialité « pansement » qui ne correspond pas au projet d’ingénieur. Le premier profil montre une trajectoire logique ; le second, une stratégie confuse.

Plutôt que de s’accrocher à une spécialité où vous êtes en difficulté, il est plus stratégique de construire un dossier où vous excellez dans les matières qui comptent vraiment (Maths en tête) et de choisir une troisième spécialité où vous pouvez briller et qui apporte une couleur unique à votre profil (comme vu précédemment). Un dossier solide est un ensemble harmonieux et cohérent, pas un assemblage de notes disparates.

Quand valider son choix de spécialités : le calendrier idéal de la classe de Seconde

Le choix des spécialités n’est pas une décision à prendre à la dernière minute avant le conseil de classe du deuxième trimestre. C’est le résultat d’un processus de maturation qui doit s’étaler sur toute l’année de Seconde. Une décision précipitée, souvent influencée par les amis ou une vision parcellaire des études, est la cause de nombreuses erreurs d’orientation. Un bon arbitrage stratégique nécessite du temps, de l’information et de l’introspection. Un bon résultat au bac, indicateur d’une stratégie réussie, en dépend : par exemple, sachant que 74% des candidats au concours Puissance Alpha ont une mention, on comprend l’importance d’une préparation pensée en amont.

Pour éviter les écueils, il est essentiel de suivre un rétroplanning. Chaque trimestre a son propre objectif, vous menant progressivement vers un choix éclairé et assumé. Ce n’est pas une course, mais une exploration méthodique. L’illustration ci-dessous représente cette planification, où chaque étape est un jalon vers la décision finale.

Planification temporelle du choix des spécialités sur l'année de Seconde avec jalons décisionnels

La clé est de transformer une source d’anxiété en un projet structuré. En suivant ce calendrier, vous arrivez en mars non pas avec une décision à prendre dans l’urgence, mais avec une conviction à confirmer, basée sur des mois de recherche et de dialogue. C’est ainsi que l’on construit un parcours solide, qui a du sens pour vous et qui sera perçu comme cohérent par les jurys d’admission.

Votre feuille de route stratégique pour le choix des spécialités en Seconde

  1. Trimestre 1 (Octobre-Décembre) : Phase d’exploration. C’est le moment de la curiosité. Participez aux journées portes ouvertes (même virtuelles) des écoles d’ingénieurs, explorez les différents métiers, et utilisez des outils comme le simulateur Horizons21.fr pour visualiser les possibilités. Ne vous fermez aucune porte.
  2. Trimestre 2 (Janvier-Mars) : Auto-évaluation et première sélection. Analysez vos bulletins. Où sont vos points forts ? Qu’est-ce qui vous motive réellement ? Discutez avec vos professeurs et formulez une première liste de 4 ou 5 spécialités pressenties à présenter lors du conseil de classe.
  3. Vacances de Février : Phase de dialogue et de décision. C’est le moment charnière. Discutez en profondeur de votre pré-sélection avec vos parents et votre professeur principal. Confrontez vos envies à la réalité de vos résultats et des attendus du supérieur.
  4. Mars : Finalisation et validation. Votre choix de 3 spécialités doit être arrêté. C’est l’aboutissement de votre réflexion. Évitez à tout prix la décision de dernière minute basée sur le choix des camarades.
  5. Trimestre 3 (Avril-Juin) : Consolidation. Votre choix est fait. Concentrez-vous sur la réussite de votre fin d’année. Ce trimestre valide la pertinence de votre décision et prépare votre entrée en Première dans les meilleures conditions.

Appréciations des profs : pourquoi le « bavardages » en bas de bulletin vous coûte votre place ?

Dans la construction de votre « dossier-récit », il y a un élément souvent sous-estimé par les élèves mais scruté à la loupe par les jurys d’admission : les appréciations des professeurs. Une ligne de texte en bas du bulletin peut avoir plus de poids qu’un point de moyenne. Pourquoi ? Parce qu’elle ne juge pas vos connaissances (la note est là pour ça), elle évalue vos compétences comportementales (les fameux « soft skills »), qui sont des indicateurs cruciaux de votre potentiel de réussite dans le supérieur.

Des remarques comme « élève curieux, impliqué », « participe activement », « moteur pour le groupe » sont des signaux extrêmement positifs. Elles décrivent un futur ingénieur : quelqu’un capable de travailler en équipe, de faire preuve d’autonomie et de curiosité intellectuelle. À l’inverse, des mentions comme « bavardages fréquents », « manque d’investissement », « travail irrégulier » sont des drapeaux rouges. Elles ne traduisent pas un manque d’intelligence, mais un manque de maturité. Pour un jury qui doit choisir entre des centaines de dossiers excellents, ces appréciations deviennent un critère de départage décisif.

Étude de cas : Dossier A vs Dossier B, le choix du jury

Comparons deux profils. Le Dossier A affiche un brillant 16/20 de moyenne, mais ses bulletins sont parsemés d’appréciations comme « élève brillant mais peu impliqué, passif en classe ». Le Dossier B a une moyenne de 14.5/20, mais les professeurs soulignent unanimement son « sérieux », sa « curiosité » et son « rôle positif dans les travaux de groupe ». Pour une place en école d’ingénieurs post-bac, les jurys préféreront systématiquement le Dossier B. La raison est simple : le premier profil est un risque (sera-t-il capable de s’adapter au travail en projet ?), tandis que le second est une promesse de réussite et d’intégration.

Votre réputation scolaire n’est pas une fatalité ; elle se construit activement. Il ne s’agit pas de devenir le « chouchou » du prof, mais de démontrer par des actions concrètes que vous possédez les qualités attendues d’un futur étudiant en sciences. C’est un travail de longue haleine qui commence dès la Seconde.

Plan d’action pour bâtir une réputation positive

  1. Curiosité active : Posez des questions pertinentes en cours. Ne vous contentez pas d’apprendre la leçon, cherchez à comprendre le « pourquoi ». Cela montre une curiosité qui dépasse le strict programme.
  2. Implication dans les projets : Lors des travaux pratiques ou des projets de groupe, soyez une force de proposition. Aidez vos camarades, prenez des initiatives. C’est la meilleure preuve de votre capacité à travailler en équipe.
  3. Dialogue constructif : Si vous rencontrez des difficultés, n’attendez pas. Sollicitez de l’aide auprès de vos professeurs. Cela démontre votre autonomie et votre volonté de progresser.
  4. Engagement parascolaire : Participez à des clubs (sciences, robotique), aux Olympiades de mathématiques ou de physique. Ces activités signalent une passion authentique pour les sciences.
  5. Rigueur et ponctualité : Rendez vos devoirs à temps, soyez attentif en cours. Ce sont les bases du respect et du professionnalisme attendu d’un futur ingénieur.

Option Maths Complémentaires vs Spécialité : quel niveau de difficulté réel et quel programme ?

Pour les élèves qui abandonnent la spécialité Maths en fin de Première, l’option « Maths Complémentaires » en Terminale est souvent présentée comme une solution de repli. Attention, c’est une voie qui, pour un projet d’école d’ingénieurs, est extrêmement risquée. Les chiffres sont, encore une fois, éloquents : seuls 3% des admis en école d’ingénieurs ont suivi cette option. Cela signifie que 97% des places sont prises par des élèves issus de la spécialité. Il ne s’agit pas d’une alternative, mais d’une voie très dérogatoire qui ne fonctionne que pour une infime minorité de cas et de formations très spécifiques.

La différence fondamentale ne réside pas seulement dans le volume horaire (3h pour l’option contre 6h pour la spécialité, sans compter les 3h de Maths Expertes possibles), mais dans la nature même des compétences développées. La spécialité Maths vise à construire des capacités d’abstraction, de démonstration et de raisonnement complexe. L’option Maths Complémentaires, elle, se concentre sur l’application d’outils mathématiques (notamment les statistiques et les probabilités) à des contextes issus d’autres disciplines (comme la SVT ou les SES). C’est un programme utile, mais qui ne prépare absolument pas à l’exigence des classes préparatoires ou des cycles intégrés scientifiques.

Le tableau comparatif ci-dessous, inspiré des analyses de l’ESILV, met en évidence le fossé qui sépare ces deux parcours. Il permet de visualiser concrètement pourquoi l’un est une autoroute vers les écoles d’ingénieurs, et l’autre, une route de traverse très étroite et pleine d’incertitudes.

Comparaison Spécialité Maths vs. Option Maths Complémentaires
Critère Spécialité Maths Maths Complémentaires
Volume horaire 6 heures par semaine 3 heures par semaine
Compétences développées Abstraction, démonstration, raisonnement complexe, logique formelle Application d’outils, modélisation simple, calculs pratiques
Accès aux prépas scientifiques (MPSI, PCSI, PTSI) Toutes les portes ouvertes Accès quasi impossible (moins de 1% des cas)
Accès aux écoles d’ingénieurs post-bac de premier rang Accès à toutes les formations Accès très limité, souvent sur des filières de niche (ex: bio-ingénierie)
Option Maths Expertes possible Oui (+3 heures), un signal très fort pour les jurys Non

Le message est donc clair : l’option Maths Complémentaires peut être pertinente pour des études de santé, de commerce ou de sciences humaines. Mais pour un futur ingénieur, choisir cette option revient à prendre le départ d’un marathon avec une préparation de 10 kilomètres. Le risque de ne pas pouvoir suivre est immense.

À retenir

  • Le socle non négociable : La triplette idéale commence quasi systématiquement par le duo Maths / Physique-Chimie. C’est le passeport pour la grande majorité des écoles d’ingénieurs.
  • La cohérence prime sur la note : Un 12/20 dans une spécialité pertinente pour votre projet (ex: SI) a plus de valeur qu’un 15/20 dans une matière hors sujet. Votre dossier doit raconter une histoire logique.
  • Les appréciations sont des indicateurs de potentiel : La curiosité, la rigueur et l’implication notées par vos professeurs sont aussi importantes que vos résultats chiffrés. Elles évaluent votre maturité et votre capacité à réussir dans le supérieur.

Comment valider ses vœux Parcoursup sans risquer la liste d’attente interminable ?

Arriver sur Parcoursup avec un dossier solide est une chose, le traduire en vœux stratégiques en est une autre. La plus grande erreur est de croire que d’excellentes notes suffisent à compenser un parcours incohérent. Les listes d’attente interminables sont souvent le symptôme d’un « dossier piégé » : un profil brillant sur le papier, mais qui ne correspond pas aux attendus fondamentaux de la formation visée.

Les algorithmes de classement des écoles d’ingénieurs sont conçus pour sur-pondérer les notes obtenues dans les spécialités jugées essentielles. Un vœu pour une école d’ingénieurs généraliste doit être la conclusion logique d’un parcours en Maths et Physique-Chimie. Tenter sa chance avec une triplette Maths/SES/LLCE, même avec 17 de moyenne, c’est se condamner à passer derrière des candidats à 15 de moyenne qui ont fait les « bons » choix de spécialités scientifiques. La cohérence n’est pas un bonus, c’est le critère de qualification principal.

Analyse d’un échec prévisible sur Parcoursup

Prenons le cas fictif de Léa, élève brillante avec 17/20 de moyenne générale en Terminale. Sa triplette : Maths, SES, et LLCE Anglais. Elle postule à plusieurs écoles d’ingénieurs post-bac du concours Avenir. Son dossier sera systématiquement placé en liste d’attente, loin derrière celui de Tom, qui a 15/20 de moyenne mais avec la triplette Maths, Physique-Chimie et SI. Pourquoi ? Parce que l’algorithme et le jury humain lisent dans le dossier de Tom une préparation spécifique et une compréhension des prérequis. Le dossier de Léa, aussi excellent soit-il, envoie le signal d’un projet d’orientation confus ou décidé tardivement. Le vœu n’est pas la suite logique du récit de son lycée.

Pour maximiser vos chances, chaque vœu doit être une évidence. Votre projet de formation motivé doit pouvoir s’appuyer sur vos choix de spécialités pour expliquer pourquoi vous êtes le candidat idéal. Hiérarchisez vos vœux en fonction de leur adéquation avec votre parcours : les vœux « cœur de cible » doivent correspondre parfaitement à votre triplette, tandis que les vœux « plus ouverts » peuvent capitaliser sur votre troisième spécialité plus originale. C’est cette stratégie de bon sens qui vous évitera le stress des listes d’attente et transformera votre dossier en une candidature gagnante.

Pour que votre stratégie soit complète, il est essentiel de maîtriser les principes qui régissent la validation des vœux sur Parcoursup.

Pour transformer ces conseils en une stratégie gagnante, l’étape suivante consiste à évaluer objectivement vos forces et à bâtir un projet d’orientation cohérent dès maintenant, en dialogue avec vos professeurs et votre famille.

Questions fréquentes sur les spécialités pour les écoles d’ingénieur

Les concours communs comptent-ils pour un seul vœu ?

Oui, c’est un avantage majeur de la plateforme. Un concours commun comme Puissance Alpha, Avenir ou Geipi Polytech compte pour un seul vœu sur les dix autorisés sur Parcoursup. Ensuite, chaque école que vous sélectionnez à l’intérieur de ce concours est considérée comme un sous-vœu. Pour ces concours, le nombre de sous-vœux est généralement illimité, vous permettant de maximiser vos chances en candidatant à plusieurs établissements avec un seul vœu.

Peut-on intégrer une école d’ingénieurs sans Physique-Chimie ?

C’est très difficile mais pas totalement impossible, bien que fortement déconseillé pour la majorité des filières. La plupart des écoles généralistes, notamment celles des concours Avenir et Geipi Polytech, ainsi que les INSA, exigent la spécialité Physique-Chimie en Première ET en Terminale. Quelques exceptions existent pour des cursus très spécialisés en informatique, où une triplette Maths + NSI + une autre spécialité scientifique (comme SI) peut être acceptée. Cependant, cela vous ferme la porte de la grande majorité des formations.

L’option Maths Expertes est-elle obligatoire ?

Non, elle n’est pas obligatoire, mais elle est très fortement valorisée. Le fait de suivre cette option de 3 heures hebdomadaires en plus de la spécialité Maths est un signal extrêmement positif envoyé aux jurys. Cela témoigne d’un excellent niveau, d’une grande motivation et d’une capacité de travail élevée. Les statistiques montrent que 43,9% des admis en école d’ingénieurs ont suivi Maths Expertes. Ne pas la prendre ne vous pénalisera pas si votre dossier est par ailleurs excellent, mais la choisir peut clairement vous donner un avantage sur d’autres candidats.

Rédigé par Valérie Valérie Dumont, Psychologue de l'Éducation Nationale (Psy-EN) et consultante experte en orientation scolaire et mobilité internationale. Elle décrypte les algorithmes de Parcoursup et les stratégies d'admission post-bac.